Mars 2024. Deux ans de guerre ont déchiré l’Ukraine.
À quelques centaines de kilomètres de chez moi, le conflit fait rage. Je le sais, je le ressens. Depuis un an, je photographie des réfugiés ukrainiens, ceux qui ont tout quitté, déracinés par cette guerre.
Un premier voyage d’un mois en Ukraine s’impose alors, presque comme un besoin vital. Je ressens l’urgence de me rapprocher d’eux, de comprendre ce qu’ils ont vécu. Ce besoin se mêle à ma vie personnelle : mieux saisir l’histoire et le vécu de ma compagne ukrainienne, embrasser ses racines, sa culture, son passé. Approcher le pays, le quotidien de ceux que je photographie, entrer en résonance avec ce qui a été brisé par la guerre et l’exil.
Je sais que je ne pourrai jamais véritablement ressentir ce qu’ils ont vécu ces jours sombres, mais je ressens la nécessité de connaître leurs racines, de toucher ce qu’ils ont perdu, de voir de quoi étaient faites leurs vies avant le chaos.
En Ukraine, la guerre n’est pas seulement à la télévision ou dans les alertes quotidiennes. Elle est dans les paysages que l’on foule, dans les villes, les champs, les maisons éventrées. Le mot qui me vient à l’esprit est désolation : ces stigmates visibles de la guerre témoignent de vies brisées, de destins anéantis, de futurs effacés. Le chaos n’est pas abstrait, il est tangible.
Voir la guerre à la télévision et voir ses conséquences de ses propres yeux sont deux réalités différentes. Ce n’est pas le front, ce n’est pas le combat direct, mais c’est ma première rencontre avec sa froide réalité. En tant que Français, Européen, privilégié, je me croyais protégé, à l’abri de la guerre. Et pourtant, elle est là, devant moi, tous les jours.
Il m’est alors impossible de rester silencieux. Témoigner devient nécessaire, à la fois en tant qu’artiste et en tant qu’homme.
Desolation rend compte de toutes ces cicatrices : celles laissées par les affrontements, par la folie d’hommes qui n’avaient d’autre objectif que de détruire, d’effacer, d’anéantir. Ce mot résonne comme un rappel : l’homme est capable du meilleur, mais souvent du pire. La raison peut s’effacer, laissant place à la folie de la destruction.