Des ténèbres surgît la lumière.
Les barricades de Maïdan furent l’affirmation d’un peuple revendiquant la liberté de choisir sa propre voie — politiquement, culturellement et collectivement. Ce désir d’ouverture et d’émancipation s’oppose à la logique autoritaire qui cherche à imposer l’obéissance, à faire taire toute contestation et à nier cette liberté de choix.
Depuis février 2022, la guerre dévaste l’Ukraine et remet en cause, de la manière la plus violente qui soit, la liberté de millions de personnes de vivre, de choisir, de rester, de partir et de construire leur propre avenir.
À travers tout le pays, je documente les bâtiments endommagés ou détruits par la guerre : édifices éventrés, toits effondrés, murs béants, meubles dispersés comme les fragments d’existences interrompues. Ces ruines sont les témoins muets du chaos, mais aussi les traces d’une présence invisible : ici, quelqu’un a vécu, aimé, rêvé.
Comme la lumière des étoiles qui nous parvient longtemps après leur mort, mes images portent la mémoire de ce qui fut.
Il y a dans la destruction une étrange fascination. Elle nous attire autant qu’elle nous effraie, comme un rappel lancinant de notre propre mortalité — un memento mori contemporain.
Mais ce n’est pas la mort qui me captive. Ce n’est pas l’effroi.
Ce qui m’émeut, c’est ce qui semble encore habiter ces lieux.
Photographier ces lieux n’est pas un acte neutre. C’est un choix et, pour moi, une nécessité.
La photographie me donne la liberté de décider où me placer, ce que je révèle et ce que je laisse hors du cadre. Mais de cette liberté naît une responsabilité. Je ne recherche pas le spectacle de la destruction et je ne place personne dans mes images. Je travaille avec l’architecture, l’absence, les traces et la lumière.
La destruction n’est pas mon geste. La photographie l’est.
En entrant dans ces bâtiments et en y installant mes propres lumières, je ne cherche pas à les reconstruire, mais à témoigner — à dire : « cela fut ».
Et dans cette lumière qui se fraie un passage à travers les fissures apparaît une autre possibilité : « cela pourrait être à nouveau ».
Ces bâtiments, à l’image du peuple ukrainien, sont blessés, mais debout. Fissurés, mais inébranlables.
Ils ne promettent pas que la lumière l’emportera toujours. Ils montrent simplement que les ténèbres ne sont pas parvenues à l’éteindre.
Que cette lumière perdure n’a rien d’inéluctable. Cela dépend de ce que nous choisissons de protéger, de ce que nous sommes prêts à reconstruire et de ce que nous refusons d’abandonner.
La liberté, comme la lumière, ne peut être considérée comme acquise. Elle survit parce que nous choisissons de la maintenir en vie.