« When Our Paths Cross » est le quatrième chapitre de mon voyage photographique en Ukraine, une odyssée commencée en 2023.
Cette série naît du désir de la rencontre. Pas celle que l’on provoque, mais celle que l’on accueille. Celle qui surgit, imprévisible, entre deux rues, au détour d’un sentier, dans la lumière incertaine d’un matin ou les ruines d’un quotidien brisé. Laisser l’inattendu ouvrir les portes, laisser les chemins me mener aux visages, aux regards, aux gestes qui me parlent. Laisser le cœur décider qu’il est temps de faire un portrait.
Errer dans les rues de Kharkiv, suivre les sentiers du Donbass, attendre à Kyiv qu’un regard me frappe. Je marche, je dérive, je laisse les lieux m’appeler et les visages surgir. Ce n’est pas tant l’image que je cherche, mais la vérité d’une présence. Une émotion qui surgit, un fragment de lumière dans le tumulte.
Ce projet est avant tout une tentative de dresser un portrait sensible de la société ukrainienne contemporaine, prise dans l’étau d’un conflit qui redéfinit tout : l’identité, le quotidien, l’avenir. À travers les visages que je photographie, j’essaie de comprendre ce que signifie vivre ici, Il ne s’agit pas seulement de photographier des visages, mais de les reconnaître — au sens fort — comme porteurs d’une vérité, d’un fragment de l’âme ukrainienne.
Et puis il y a les lieux. Ces espaces où résonne quelque chose d’invisible, un écho intérieur, une mémoire muette. Des paysages qui me racontent une histoire avant même que je n’appuie sur le déclencheur. Alors j’attends que surgisse la silhouette, celle que mon imaginaire avait déjà dessinée, celle que la réalité m’offre.
Ce travail est un tissage fragile entre le hasard et le regard. Une tentative de raconter l’Ukraine d’aujourd’hui à travers mes propres fragments de réalité.
A travers ces images, j’interroge ce que signifie être une adolescente dans une ville bombardée, un soldat de 20 ans, une grand-mère restée seule dans son village, une mère qui attend.
À travers ces portraits, ce sont des vies bouleversées que je veux montrer, des existences suspendues dans un temps de guerre. Des hommes, des femmes, des enfants qui se battent non seulement pour leur survie, mais pour préserver leur identité, leur langue, leur culture — cette culture que la russie cherche à effacer.
Quels espoirs les habitent encore ? Quelles blessures restent invisibles ? Peut-on vraiment renaître après un tel déchirement ? Qu’est-ce qu’être Ukrainien aujourd’hui ?
Une tentative sensible de répondre à ces questions, ou du moins de les formuler. C’est mon regard — subjectif, sincère — sur une Ukraine debout dans la tourmente, l’Ukraine des visages anonymes, des quotidiens blessés, des rencontres qui me marqueront à jamais.
« When Our Paths Cross », est une cartographie subjective de ces visages rencontrés, de ces histoires devinées. Un journal visuel d’une Ukraine blessée, mais debout.
Une manière de dire : je vous ai vus, je vous ai entendus, et je vous rends visibles.